La main gauche est froide.
La droite, non.
D’habitude, ça veut dire
Qu’il me reste trente secondes.
La lumière sous la porte vire au rouge.
Quelqu’un dit mon nom trop tôt.
J’essuie mes paumes sur mes jeans
En écoutant l’autre bord du mur.
La basse vérifie un dernier câble.
Une guitare tousse, puis se tait.
Mes épaules montent avant le décompte.
Je leur ai même pas encore dit
Que j’étais prête.
Mais le pied est posé.
Le poignet est libre.
Le souffle raccourcit.
Le corps décide.
Avant les lumières,
Avant le son,
Mes mains sont déjà rendues là.
Avant le décompte,
Avant que je bouge,
Mes poumons oublient l’air.
Premier impact.
Bois contre peau.
Tout commence
Avant moi.
Il y a du tape autour de la patte du tom
Parce que la pince a lâché en juin.
Le banc est trop bas d’un demi-pouce.
Je vais chialer après la toune.
Quelqu’un demande si j’entends le clic.
J’entends mes dents.
La pièce s’amincit sur les bords.
Les baguettes sont trop légères dans mes mains.
Le pied est posé.
Le poignet est libre.
La mâchoire se barre.
Le corps sait.
Avant les lumières,
Avant le son,
Mes mains sont déjà rendues là.
Avant le décompte,
Avant que je bouge,
Mes poumons oublient l’air.
Premier impact.
Bois contre peau.
Tout commence
Avant moi.
Le monde pense que le premier coup,
C’est là que la chanson commence.
C’est pas vrai.
Ça commence dans le corridor.
Ça commence quand quelqu’un dit :
« Cinq minutes. »
Ça commence dans l’épaule
Trois heures avant.
Je deviens pas prête.
Je deviens utile.
Je deviens la partie
Qui a pas le droit de trembler.
Pas avant que ça finisse.
Avant les lumières,
Avant le son,
Mes mains sont déjà rendues là.
Avant le décompte,
Avant que je bouge,
Mes poumons oublient l’air.
Premier impact.
Bois contre peau.
Tout commence
Avant moi.