J’enlève mes bouchons trop vite.
Mauvaise idée.
La salle devient plus grande
D’un coup.
Pas plus vide.
Plus forte.
Les bouteilles d’eau roulent encore
Près du case noir.
Quelqu’un a laissé une serviette
Sur l’ampli de basse.
Elle va sentir le métal
Jusqu’à demain.
J’entends le set continuer
Sans personne.
La salle sonne encore
Même quand tout est fermé.
Le silence a un tempo
Pis il veut pas me lâcher.
Je suis pu en train de jouer.
Je suis juste pas arrêtée.
Le banc est resté trop haut.
Ça m’énerve plus que ça devrait.
Je le replace.
Personne va savoir.
Le téléphone vibre contre un flight case.
Je le regarde pas.
Si c’est important,
Ça va vibrer encore.
Mes mains cherchent déjà
La prochaine toune.
Mais il y en a pas.
Juste le buzz des néons.
Juste le ring dans l’oreille gauche.
Juste ma mâchoire
Qui comprend pas que c’est fini.
La salle sonne encore
Même quand tout est fermé.
Le silence a un tempo
Pis il veut pas me lâcher.
Je suis pu en train de jouer.
Je suis juste pas arrêtée.
Des fois, le pire bruit,
C’est pas les amplis.
C’est après.
Quand tout le monde parle moins fort
Parce que le travail est fini.
Quand personne demande
Si je suis prête.
Quand personne compte.
Quand mon corps attend pareil.
Ça, c’est long.
Je range les baguettes
Dans le mauvais sac.
Je ferme le case.
Je l’ouvre.
Je recompte.
Deux paires neuves.
Une paire fendue.
Une paire chanceuse
Qui a rien sauvé pantoute.
Je ris toute seule.
C’est pas drôle.
C’est juste mieux que rien dire.
Mes oreilles gardent la pièce ouverte.
Mes mains gardent le compte.
Mon pied cherche la pédale
Même debout dans le corridor.
Je veux rentrer chez nous.
Je veux rejouer le dernier refrain.
Je veux que quelqu’un dise :
« OK, c’est fini. »
Pis que mon corps le croie.
La salle sonne encore
Même quand tout est fermé.
Le silence a un tempo
Pis il veut pas me lâcher.
Je suis pu en train de jouer.
Je suis juste pas arrêtée.